LA NOÉTIQUE
La noétique (du grec νοητικός, littéralement « qui concerne la connaissance intellectuelle ») est une discipline philosophique qui étudie la connaissance noétique, appelée nóesis (νόησις). Platon a employé le terme nóesis, qui, dans la culture grecque antique, désignait l’intelligence, l’intellect, la compréhension, la perception mentale, l’idée ou encore la conception, pour désigner une forme de connaissance parfois appelée connaissance du cœur ou intuition intellectuelle.
DEUX FORMES DE CONNAISSANCE
La nóesis consiste en une saisie simple, directe, intuitive et intellectuelle de l’essence de la réalité. Platon distingue cette connaissance de la connaissance dianoétique (du grec διάνοια, qui désigne une connaissance intellectuelle médiatisée). La nóesis est donc une connaissance intellectuelle immédiate, tandis que la diánoia est une connaissance intellectuelle médiate. La première est intuitive, la seconde discursive, c’est-à-dire fondée sur le raisonnement.
LA CONNAISSANCE DIANOÉTIQUE
Il faut remarquer d’abord que la connaissance dianoétique repose sur la connaissance noétique, la présuppose et ne pourrait même pas exister sans elle. La diánoia possède un caractère objectif, ce qui signifie que sa structure est semblable à celle de la connaissance sensible. En effet, elle est toujours liée à un objet. Elle connaît quelque chose qui se trouve « devant elle » — d’où le terme « objet ».
Sur le plan étymologique, le mot « objet » vient du latin obiectum, dérivé du verbe obicere (composé de ob-, signifiant « devant » ou « en face », et de iacere, signifiant « jeter »). L’objet est donc littéralement « ce qui est jeté ou placé devant » la vue, les sens ou l’esprit. Il peut s’agir d’un objet extérieur, comme une chose existant dans le monde, ou d’un objet intérieur, comme une représentation présente dans notre imagination.
LA CONNAISSANCE NOÉTIQUE
À l’inverse de la diánoia, la connaissance noétique possède un caractère subjectif. Cela ne signifie pas pour autant qu’elle soit relative, arbitraire ou circonscrite à une simple vérité personnelle. Ce caractère subjectif indique plutôt qu’elle est intrinsèquement liée au sujet lui-même : elle ne peut advenir que dans l’expérience vivante et immédiate de l’esprit qui s’ouvre à sa propre source.
Elle ne connaît pas quelque chose qui se trouve « devant elle », mais ce qui se tient, pour ainsi dire, « sous elle ». Sur le plan étymologique, le mot « sujet » vient du latin subiectum, dérivé du verbe subicere (composé de sub-, signifiant « sous » ou « en dessous », et de iacere, signifiant « jeter »). Étymologiquement, le sujet est donc littéralement « ce qui est jeté ou placé dessous » — c’est-à-dire le fondement, ce qui sous-tend toute expérience, pensée ou perception.
Lorsque nous connaissons noétiquement, nous connaissons ce qui constitue l’« instrument » même de notre connaissance : ce avec quoi nous « regardons » les différents objets et grâce à quoi nous les connaissons.
L’INTELLECT ET LA RAISON
Dans la tradition philosophique antique et médiévale, la nóesis était souvent appelée intellect, par opposition à la raison. L’intellect est une faculté de l’esprit qui connaît directement, immédiatement, sans avoir besoin de construire des concepts et des jugements ni de procéder par raisonnement. La raison, quant à elle, connaît de manière indirecte, au moyen de concepts, de jugements et de raisonnements plus ou moins complexes.
La raison procède de l’intellect. On pourrait même dire que la raison est l’intellect qui veut « voir » ce qu’il connaît, qui cherche à le saisir dans les limites de ses propres capacités cognitives. Cette démarche produit précisément les concepts et les jugements. L’intellect « pur », c’est-à-dire celui qui ne se contemple pas lui-même, connaît d’une manière indistincte, insaisissable, pourrait-on dire contemplative, et surtout largement inconsciente.
LES MÉTAPHORES DE LA NÓESIS
Pour évoquer la connaissance noétique, qui, par sa nature même, dépasse les capacités cognitives typiquement humaines, nous sommes contraints de recourir à différentes métaphores. La plus répandue est celle de la « lumière ». Une autre métaphore fréquemment utilisée est l’« intuition ». On emploie également celle de la « voix », qui renvoie au fonctionnement de l’un de nos sens. Une autre encore est le « souffle », ou l’« inspiration ». Parfois, la connaissance noétique est évoquée à travers le « toucher », et parfois à travers le « goût ». Enfin, l’une des métaphores les plus populaires et les plus répandues dans la culture est celle du « cœur ».
