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JE SUBJECTIF

L’intellect humain, autrement dit ce que nous appelons aujourd’hui notre Je le plus profond, n’apparaît pas, contrairement à ce que l’on pense généralement, à un moment déterminé du développement de l’être humain. Le Je est présent dès le commencement. Nous sommes en effet notre sujet, c’est-à-dire notre Je subjectif.

JE OBJECTIF

Nous n’en avons cependant pas conscience, car, au début de notre existence, nous ne savons absolument rien. Il faut que du temps passe et que nous construisions, à partir de notre connaissance sensitive, des intuitions intellectuelles appropriées. C’est ainsi que se forment différents concepts, parmi lesquels se trouve peut-être le plus important : celui de soi-même, autrement dit notre Je objectif.

LA NÓESIS DANS LE DÉVELOPPEMENT HUMAIN

Le développement humain consiste en l’actualisation des potentialités humaines situées entre le niveau le plus bas, le niveau végétatif — qui nous dote des fonctions vitales les plus élémentaires, ne nécessitant aucun apprentissage, telles que respirer, manger, grandir et se reproduire — et le niveau le plus élevé, constitué des fonctions noétiques.

Une vie véritablement humaine consiste donc en une intellectualisation : il s’agit de laisser la lumière de l’intellect pénétrer les fonctions végétatives, dans la mesure, bien entendu, où celles-ci se prêtent à une quelconque orientation, ainsi que les fonctions sensitives, c’est-à-dire nos sens et nos émotions.

Soumises à l’action de l’esprit, ces dernières permettent à l’être humain de constituer ce que nous appelons le savoir humain. Elles rendent possible l’élaboration d’une riche diversité de concepts et de jugements, reliés entre eux par des liens logiques au moyen de raisonnements variés.

L’INTELLECT AVANT LA RAISON

L’intellect (nóesis) n’est donc pas une faculté qui se manifesterait à la fin du développement humain, après l’apparition de la raison. C’est exactement l’inverse : la raison émerge de l’intellect qui, étant le cœur du Je humain, est présent en l’être humain dès le commencement de son existence.

La raison est l’intellect qui a désiré se « voir » lui-même, qui a voulu s’assurer de ce qu’il connaît et le vérifier. Il a voulu acquérir une connaissance de soi et du monde à la mesure de ses propres capacités intellectuelles.

LE DÉCLIN DES FONCTIONS

La phase la plus difficile du développement humain doit donc être celle qui nous contraint à abandonner tout ce que nous avons acquis au prix de tant d’efforts : la vieillesse.

REVENIR À SON JE SUBJECTIF

En vieillissant, nous faisons en effet l’expérience d’un processus, lent ou parfois rapide, au cours duquel l’intellect humain se détache de différentes fonctions vitales inférieures, y compris de la raison. Cela se produit parce que la raison est essentiellement liée à la connaissance sensitive, laquelle commence à décliner.

S’enraciner dans son propre Je subjectif, c’est-à-dire le trouver, s’identifier à lui, puis accepter de le suivre, devient alors, à la fin de la vie, la tâche la plus importante de l’être humain.